5 juin 2023 2593 mots, 11 min. de lecture

Sondage retraite : que pensent réellement les Européens ?

Par Pierre-Nicolas Schwab Docteur en marketing, directeur de IntoTheMinds
Ce n’est pas un secret que la population européenne est en train de vieillir rapidement, remettant en question le système des retraites depuis quelques temps, ce qui a amené dans les années 90 à de grosses transformations dans l’organisation européenne. […]

Ce n’est pas un secret que la population européenne est en train de vieillir rapidement, remettant en question le système des retraites depuis quelques temps, ce qui a amené dans les années 90 à de grosses transformations dans l’organisation européenne. Aujourd’hui, la durabilité de ce système est remise en question et est devenue, sans l’ombre d’un doute, une préoccupation urgente. Les manifestations récentes en France ont relancé le débat autour de l’équité, de l’efficacité et de la sécurité de ce système. Nous avons demandé aux peuples allemands, hollandais, italiens et français : Comment vous sentez-vous réellement face à votre retraite future ? Avez-vous confiance en votre retraite ou en doutez-vous ? Nous avons plongé into the minds (dans le cerveau) de 2000 personnes afin de mieux comprendre s’ils croient en l’équité et en la durabilité du système des retraites. A travers cette sondage online, nous avons pour but de représenter les différents avis et questionnements des Européens, tout en prenant en compte les différences individuelles telles que le genre, le revenu et la nationalité.

Voir nos autres articles sur la retraite ici et .

Statistiques intéressantes

  • 2/3 des Européens ne sont pas sûrs du montant de leur future retraite, avec 1/5 exprimant une « forte incertitude ».
  • 48% des Européens ne sont pas sûrs de leur âge précis de départ à la retraite.
    Les personnes aux revenus plus élevés sont 2 fois plus susceptibles de connaître leur âge de départ à la retraite et 3 fois plus susceptibles de connaître le montant exact de cette dernière que les personnes à faibles revenus.
  • 72% des femmes et 67% des hommes en Europe doutent que leur retraite seule sera suffisante pour couvrir leurs besoins une fois retraités.
  • 51% des Européens sont prêts à prendre leur retraite plus tôt même si cela se traduit par une retraite plus maigre.
  • 3/4 des Européens ne consultent pas régulièrement la caisse des retraites, avec 26% ne l’ayant jamais consultée.
  • 47% des Européens pensent que certaines professions devraient avoir une retraite anticipée, notamment pour les métiers physique.

L’anxiété de la retraite en Europe

Il est étonnant de constater qu’environ deux tiers des Européens ignorent le montant précis qu’ils peuvent s’attendre à recevoir mensuellement avec leur retraite, et qu’une personne interrogée sur cinq exprime un fort sentiment d’incertitude. En outre, près de la moitié des personnes sondées ne connaissent pas leur âge exact de départ à la retraite, ce qui souligne l’anxiété actuellement observable en Europe. Il est intéressant de noter que les Allemands sont les plus au courant de leur âge de départ à la retraite (voir figure 1) et du montant de cette dernière (voir figure 2), tandis que les Français en sont les plus incertains.

Figure 1

Figure 2

A l’inverse, il n’est pas surprenant de constater que les personnes à hauts revenus sont presque deux fois plus susceptibles de connaître l’âge exact de leur départ à la retraite et trois fois plus susceptibles de connaître le montant de celle-ci, comparé aux personnes aux revenus plus faibles. Alors que seulement 27 % des travailleurs à faibles revenus pensent qu’il faut travailler plus longtemps pour garantir les retraites futures, 36 % des personnes à revenus moyens et 45 % des personnes à revenus élevés pensent que c’est la solution pour garantir la durabilité du système (voir figure 3). Ces différences relatives aux revenus ne sont pas surprenantes : les catégories les plus précaires ont le plus besoin de leurs revenus immédiats et donc sont moins enclines à épargner tandis que les personnes plus aisées ont accès à un plus large éventail d’options d’investissement, ce qui leur permet d’accumuler un patrimoine supplémentaire au-delà des pensions traditionnelles. C’est pourquoi nous constatons que l’anxiété liée à la retraite touche principalement les personnes à faibles revenus.

Figure 3

Nous observons également de grandes disparités entre les sexes : Avec 43 %, les femmes sont 12 points de pourcentage moins sûres de leur âge de départ à la retraite que les hommes, ainsi que 8 points de pourcentage (29 % au total) plus incertaines du montant mensuel de leur future retraite (figure 4). Notre étude révèle également que 72 % des femmes ne pensent pas qu’elle sera suffisante pour répondre à leurs besoins essentiels une fois retraitées. Il est à noter que le pourcentage de 67 % chez les hommes est également relativement élevé. Ces résultats peuvent s’aligner avec le contexte posé par la littérature académique : les femmes ont plus tendance à travailler dans l’associatif, dans un cadre informel et à travailler relativement plus à temps partiel que les hommes (comme expliqué ici), autant de facteurs aggravant l’incertitude ressentie par les femmes.

Figure 4


Les européens souhaiteraient-ils prendre leur retraite plus tôt s’ils en avaient la possibilité ?

Les avis sont partagés : 51 % des personnes interrogées sont prêtes à prendre leur retraite plus tôt avec une pension réduite. Nous leur avons ensuite demandé leur avis sur des scénarios spécifiques, illustrés par le graphique 5. Le scénario le plus impopulaire consiste à travailler moins intensément avant la retraite, à un poste différent, alors que la plupart des gens préféreraient des conditions de travail différentes avant la retraite. Les femmes sont légèrement plus favorables à des conditions de travail différentes que les hommes, ce qui pourrait s’expliquer par le fait que les schémas de carrière des femmes ne sont pas aussi directs que ceux des hommes, comme nous l’avons expliqué plus haut. Il n’est donc pas surprenant que les femmes soient plus susceptibles de déclarer qu’elles préfèrent travailler dans des conditions différentes avant la retraite.

Figure 5


Comment se prépare-t-on à la retraite ?

Trois Européens sur quatre ne consultent pas régulièrement leur dossier auprès de la caisse des retraites et 26 % n’ont jamais discuté de leur pension avec l’administration, ce qui pourrait expliquer l' »angoisse de la retraite », qui consiste à ne pas savoir quand prendre sa retraite et pour quel montant. Nous avons également voulu savoir ce que les Européens pensent d’investir en actions en tant que méthode d’épargne pour la retraite : 55 % sont d’accord pour dire que l’achat d’actions représente le meilleur moyen d’épargner. Cela n’est pas surprenant car, bien qu’il ait été prouvé que ce soit la méthode la plus lucrative à long terme et atténue les effets de l’inflation, cela présente des inconvénients majeurs, tels que le risque de pertes importantes à court terme par rapport aux obligations.


Les Européens sont-ils solidaires des grèves en France ?

Des manifestations nationales ont eu lieu en France contre la modification de la loi visant à faire passer l’âge de la retraite de 62 à 64 ans. Alors que 32 % des Français pensent que le relèvement de l’âge de la retraite n’est pas la bonne méthode pour garantir le financement des retraites (figure 6), seuls 18 % des Néerlandais s’opposent à cette affirmation. Cela montre les différences d’attitude à l’égard de la réforme et à la raison des importantes manifestations françaises. Cette analyse va de pair avec le fait que seuls 14 % des Néerlandais, mais 23 % des Français, pensent que leur retraite de base ne suffira pas à couvrir leurs besoins lorsqu’ils cesseront de travailler (figure 7).

Figure 6

Figure 7

Effectivement, plus de la moitié des Européens pensent que même l’âge de 62 ans est trop élevé pour prendre sa retraite et seulement 34 % pensent qu’il est approprié. Il s’agit là d’un résultat intéressant, car l’âge actuel de la retraite dans les pays interrogés se situe entre 64 et 67 ans, et l’âge de 62 ans n’est donc même pas proche de leurs systèmes actuels. Ce résultat est cohérent avec les conclusions selon lesquelles 55 % des personnes interrogées sympathisent avec les grèves en France. Toutefois, il existe des différences marquées entre les pays : les Français et les Italiens sont largement d’accord avec les grèves (78 % et 73 % respectivement), tandis que les Allemands et les Néerlandais s’y opposent fortement avec 69 et 60 % (figure 8). Cela reflète les différentes attitudes nationales à l’égard des grèves. Nos conclusions sont conformes à d’autres études sur la « volonté de faire grève » et nous constatons que l’Allemagne et les Pays-Bas sont en bas de la liste avec seulement 18 (22 pour les Pays-Bas) absences liées à la grève par an pour 1 000 employés. La France est en tête de liste avec 5 fois plus de jours (92) que l’Allemagne. Le principal argument présenté par le gouvernement français pour augmenter l’âge de la retraite est d’assurer le financement des retraites. Il est intéressant de noter que près de deux Européens sur trois estiment que cette solution n’est pas viable.

Figure 8

Nous avons également cherché à savoir si les personnes les plus riches étaient aussi susceptibles de soutenir les grèves que les personnes à faible revenu. Nous avons constaté qu’il y a des différences : les personnes plus aisées montrent moins de sympathie envers les grèves en France. Seule une personne sur quatre est « tout à fait d’accord » avec les grèves, tandis qu’une personne sur quatre n’est « pas du tout d’accord ». Si nous nous penchons sur les attitudes des personnes à faibles revenus, il apparaît clairement qu’elles sont plus susceptibles de soutenir davantage les grèves : 36 % sont « tout à fait d’accord » avec ces dernières, 25 % sont « plutôt d’accord », tandis que seulement 40 % (contre 48 % des personnes plus aisées) ne sont « pas d’accord » avec les grèves. Cela pourrait s’expliquer par le fait que les « cols blancs » ne sont tout simplement pas aussi exposés à la pénibilité des emplois à bas revenus et ne partagent donc pas la même conviction qu’une retraite anticipée serait juste. Voir le graphique 9.

Figure 9


Est-il juste que certaines professions prennent leur retraite plus tôt ?

Presque la moitié des européens (47 %) serait d’accord pour dire qu’il est juste que certaines professions prennent leur retraite plus tôt et seulement 12 % s’opposent fortement à ce concept. Si l’on examine de plus près les professions qui, selon les personnes sondées, méritent de partir plus tôt à la retraite, nous constatons que les travailleurs exerçant des métiers physiquement exigeants, tels que (en ordre décroissant) les ouvriers du bâtiment, les pompiers, les infirmières et les militaires, devraient avoir le privilège de partir plus tôt à la retraite (voir graphique 10). À l’inverse, la tendance est à penser que les emplois plus exigeants sur le plan mental, comme les contrôleurs aériens et les enseignants, sont moins méritants d’une retraite anticipée. Il s’agit là d’un résultat intéressant, car la retraite des contrôleurs aériens est l’une des plus faibles avec 55 ans, en raison de la charge de travail exigeante sur le plan mental. En outre, le secteur de l’éducation est l’un des plus touchés par la dépression et en Allemagne, trois enseignants sur quatre prennent une retraite anticipée.

Figure 10

Il existe également des différences entre les pays : les Allemands sont les plus convaincus que les enseignants ne devraient pas partir plus tôt à la retraite (65 % de désaccord), tandis qu’ils croient fermement que les infirmières devraient (72 %), un pourcentage qui n’est dépassé que par les Pays-Bas avec 76 %. Les Néerlandais sont également les plus favorables à la retraite anticipée des ouvriers du bâtiment et des pompiers (84 % et 82 %), soit 11 et 7 points de pourcentage de plus que le deuxième pays (l’Allemagne avec 75 % pour ces deux métiers). Les Italiens et les Allemands sont les plus en désaccord avec la retraite anticipée des gardiens de prison et des forces de l’ordre.

D’une manière générale, nous pouvons observer que les Néerlandais sont les plus favorables à la retraite anticipée pour certaines professions :

  1. Les Pays-Bas : 662 points de pourcentage d’accord,
  2. L’Allemagne : 579 points,
  3. La France : 564 points,
  4. L’Italie avec 541 points.

La liste complète est présentée dans le graphique 11.

Figure 11


Les Allemands sont-ils vraiment si avides d’argent et les Néerlandais si individualistes, comme le prédisent les stéréotypes ?

Les européens accordent le plus d’importance à une bonne rémunération et à de bonnes conditions de travail, ainsi qu’à un travail intéressant et varié. Les aspects les moins importants sont « un travail prestigieux », « être son propre patron » et « le pouvoir de décision ». Toutefois, nous pouvons observer des différences intéressantes entre les pays. De fait, ce sont les Allemands et les Néerlandais qui accordent le plus d’importance à un bon salaire; les Italiens n’y croient pas autant. Les Néerlandais apparaissent être les plus individualistes et ont accordés plus d’importance à « être son propre patron » et « pouvoir de décision ». Cependant, « avoir de bons contacts avec ses collègues » est également très apprécié. Les résultats concernant la France sont très intéressants pour notre analyse des retraites. En effet, les Français jugent très importants la « sécurité de l’emploi », le « bon salaire » et les « perspectives de carrière », autant d’aspects qui sont fréquemment abordés dans le débat sur le système des retraites.

Figure 12


Conclusion

En conclusion, nos résultats mettent en évidence l’anxiété généralisée des européens à l’égard de leur retraite, avec des niveaux élevés d’incertitude quant aux montants de ces dernières et à l’âge de départ la retraite. Nous avons relevé que les personnes à faibles revenus et les femmes sont confrontées à des niveaux d’incertitude plus élevés. En outre, nos résultats révèlent des préférences variées en ce qui concerne l’investissement en actions et les options de retraite. Bien que la plupart des gens soient d’accord avec la motivation des grèves en France, les Allemands et les Néerlandais ne semblent pas les soutenir en tant que telles, ce qui souligne l’appréhension des grèves dans ces pays. Plus précisément, les Allemands expriment leur mécontentement à l’égard de leur situation, mais ne sont pas enclins à prendre les mêmes mesures que celles observées au sein de la population française. La comparaison complète se trouve dans le graphique 12.


Sources



Publié dans Recherche.

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